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Glossaire

La langue du verre de Murano

Sommerso, filigrana, incalmo — le vocabulaire de Murano est italien, ancien et presque jamais traduit, car les techniques qu'il nomme sont nées ici et n'existent nulle part ailleurs. Voici ce que les mots veulent dire.

Avventurina
Verre traversé d'innombrables cristaux microscopiques de cuivre qui accrochent la lumière comme un ciel étoilé. Son nom vient de l'italien « a ventura » — par hasard : l'effet fut découvert par accident à Murano au XVIIe siècle, et il fallut deux siècles de plus pour le reproduire de façon fiable.
Battuto
Une technique à froid : une fois la pièce refroidie, la surface est meulée à la roue en centaines de petites facettes peu profondes, laissant un fini de métal martelé. Introduite par Carlo Scarpa chez Venini dans les années 1930, elle rend le verre mat et velouté : la lumière ne le traverse plus, elle s'y pose.
Bollicine
Les minuscules bulles d'air emprisonnées dans le verre soufflé à la bouche. Ce ne sont pas des défauts : ce sont l'empreinte du souffle humain. Le verre pressé à la machine n'en a aucune — c'est pourquoi leur présence est l'un des signes les plus sûrs d'une pièce véritablement faite main.
Calcedonio
Verre opaque et marbré, veiné de chaudes traînées d'ambre, de violet et de vert, obtenu en ajoutant des oxydes métalliques à la masse en fusion. Il imite la calcédoine, pierre semi-précieuse, et se fabriquait déjà à Murano au XVe siècle.
Canna
Une fine baguette de verre coloré, étirée sur plusieurs mètres à l'état incandescent puis coupée en courts segments. Les canne sont l'alphabet de Murano : filigrana, millefiori, murrina et zanfirico naissent toutes de leur fusion, assemblées différemment.
Cristallo
Le verre incolore et parfaitement transparent inventé à Murano par Angelo Barovier vers 1450 — le premier verre de l'histoire assez limpide pour rivaliser avec le cristal de roche. Il fit de Venise la capitale européenne du verre pendant trois siècles, et toute pièce transparente de Murano en descend.
Filigrana
De fins fils de verre blanc ou coloré, noyés dans un corps transparent et torsadés en rubans, dentelles ou spirales. Le maître doit fondre des dizaines de canne sans qu'une seule ne se déplace d'une ligne : un degré de trop et le motif s'effondre.
Fornace
Le four, et par extension l'atelier bâti autour de lui. Une fornace de Murano brûle entre 1 000 et 1 450 °C et, par tradition, ne s'éteint jamais. Tout sur l'île — la hiérarchie, le rythme du jour, la langue — s'organise autour d'elle.
Incalmo
L'assemblage de deux bulles soufflées de couleurs différentes, encore incandescentes, en un seul corps à la jointure parfaitement droite. C'est parmi les choses les plus difficiles qu'un verrier puisse faire : les deux parties doivent avoir exactement la même température et le même diamètre, sinon elles se déchirent.
Lattimo
Verre opaque blanc laiteux, obtenu par ajout d'étain ou de cendre d'os. Mis au point à Murano au XVe siècle pour imiter la porcelaine chinoise — que l'Europe ne savait pas encore produire —, il est l'ancêtre de tout verre d'art blanc en Occident.
Maestro
Le maître verrier qui dirige l'équipe au four et façonne la pièce de ses propres mains. Le titre n'est pas académique : il se gagne en décennies, et seul le maestro décide quand une œuvre est finie — ou quand elle retourne au feu.
Millefiori
Littéralement « mille fleurs ». Des tranches de canne polychromes, chacune portant un motif floral qui la traverse sur toute sa longueur, sont fondues ensemble pour que le motif se répète sur la surface. La technique est d'origine romaine et fut ressuscitée à Murano au XIXe siècle.
Murrina
Une canne construite en couches, de sorte qu'un motif — une fleur, une étoile, un visage — la traverse en son cœur comme les lettres dans un bâton de sucre d'orge. Coupée en tranches, chaque murrina révèle la même image. Le millefiori est une famille particulière de murrine.
Pulegoso
Verre délibérément saturé de bulles, qui lui donnent une surface rugueuse, opaque, presque minérale. Inventé par Napoleone Martinuzzi chez Venini en 1928, il rompit avec l'obsession vénitienne de la transparence — et fit, pour la première fois, paraître le verre ancien.
Reticello
Deux couches de filigrana soufflées l'une dans l'autre, fils orientés en sens inverse, formant un fin réseau de losanges — avec une minuscule bulle d'air prisonnière dans chacun. Beaucoup la tiennent pour la technique la plus difficile de tout l'art verrier.
Rigadin
La fine côte verticale imprimée dans la pièce encore incandescente, parfois torsadée ensuite pour que les côtes montent en spirale. Simple en principe, c'est elle qui donne à tant de verre vénitien son miroitement caractéristique lorsqu'il tourne dans la lumière.
Sommerso
Littéralement « immergé ». Un cœur de verre coloré est plongé à plusieurs reprises dans le cristal transparent en fusion, chaque couche enveloppant la précédente. La couleur finit par flotter à l'intérieur de la pièce au lieu de se poser à sa surface : on ne la regarde pas, on regarde dedans.
Vetro Artistico® Murano
La marque Vetro Artistico® Murano, créée par la Région de Vénétie par la loi régionale n° 70 de 1994. C'est la seule marque d'origine officielle et juridiquement protégée pour le verre de Murano, et seules les verreries licenciées de l'île peuvent l'apposer. Ce n'est pas un jugement de qualité : elle certifie où une pièce a été faite.
Zanfirico
Une canne torsadée où de fins fils blancs s'enroulent en spirale autour d'un cœur transparent. Elle doit son nom à l'antiquaire vénitien du XIXe siècle Antonio Sanquirico, qui ressuscita la technique Renaissance — et Murano fit de son nom un mot.

Chacune de ces techniques demande des années de four pour être maîtrisée. Pour voir comment elles se réalisent vraiment, lisez les techniques en détail ou découvrez le savoir-faire de Murano.

La collection

Voyez les mots devenir verre

Chaque pièce que nous vendons naît de l'une de ces techniques, de la main d'un maître qui a passé une vie à l'apprendre.